Élections à Fès : les cafés, laboratoires informels du débat politique

Durant la campagne électorale actuelle, les cafés de Fès ont retrouvé leur rôle traditionnel de centres névralgiques pour le débat public et l’échange d’opinions. Dans ces espaces populaires, loin des estrades solennelles et des slogans soigneusement calibrés, les citoyens discutent des enjeux politiques autour d’un café ou d’un thé, en se focalisant sur une perspective réaliste et vécue.

Ces échanges, souvent empreints de spontanéité et parfois de ferveur, s’affranchissent des discours officiels. Les discussions tournent autour de préoccupations tangibles : le pouvoir d’achat, l’emploi, les services publics et l’avenir de la cité. Les programmes des candidats y sont passés au crible et mis à l’épreuve de la réalité. Le smartphone joue souvent un rôle central, servant de déclencheur au débat à partir d’une vidéo, d’une image ou d’une déclaration d’un candidat. Le café se transforme ainsi en un laboratoire informel de l’opinion publique, où le niveau de confiance est mesuré à l’aune de l’expérience quotidienne.

Dans un café du quartier populaire de Mont Fleuri, Mohamed Kerroum, fort de son expérience associative, analyse les contenus numériques avec discernement. Interrogé par l’Agence marocaine de presse (MAP), il adresse un message clair aux prétendants : il est impératif de rompre avec les promesses vides. Pour lui, la proximité avec les citoyens doit être le socle de l’action politique, et les élus doivent rester à l’écoute des populations bien après le scrutin. Il appelle à une mise en œuvre effective du nouveau modèle de développement, tout en soulignant l’urgence d’améliorer les secteurs de la santé, de la justice et de l’éducation, ainsi qu’une attention particulière portée à la jeunesse et aux populations fragiles.

Un avis partagé par Abdelouafi Tounsi, rencontré dans un autre établissement. Pour lui, l’enjeu majeur est de faire émerger des compétences capables de gérer efficacement les affaires publiques, tant au niveau local que national. Il plaide pour le renouveau des élites et pour une politique de proximité réelle. Son exigence s’étend au développement du monde rural, qu’il juge indissociable de celui des villes, réclamant notamment le renforcement des infrastructures pour freiner l’exode rural.

Au centre-ville, Ali Sefira, musicien, exprime des aspirations similaires. Il espère que les prochaines échéances apporteront des améliorations concrètes : une ville plus propre, plus sûre, dotée d’espaces verts et de services de santé dignes. Il insiste également sur l’importance d’offrir davantage d’infrastructures aux jeunes, tels que des bibliothèques et des terrains de sport, afin d’exploiter leur potentiel créatif et scientifique au service du futur du pays.

À l’approche du scrutin du 23 septembre, les cafés de Fès reflètent une campagne où les questions de fond — qualité des services, emploi, développement territorial et crédibilité des candidats — l’emportent sur les joutes partisanes habituelles. Ces lieux demeurent, en somme, des indicateurs du pouls des citoyens, appelés à traduire ces échanges en choix concrets dans l’isoloir mercredi prochain.